Album : Ipséité – Damso / On Écoute


Qu’est-ce qui fait d’une personne qu’elle est unique et distincte des autres ? En terme philosophique, on appelle cela ipséité : l’identité propre. C’est le nom qu’a choisi Damso pour son nouvel album, inspiré de ses nuits de lecture à écouter du John Coltrane.

Propulsé au sommet du rap français grâce à son apparition sur le titre Pinocchio avec Booba et Gato, mais surtout grâce à la sortie de son 1er projet, Batterie Faible, unanimement salué et directement classé parmi les meilleurs albums de 2016, Damso n’a pas bronché et a profité de sa notoriété nouvelle pour prendre son temps et peaufiner.
Soyons clair, Damso aurait pu nous servir un Batterie Faible bis et on en aurait été très content. Si le bonhomme se targue d’avoir ouvert son style aux musiques du monde, ce n’est qu’à moitié vrai. On a affaire à un album totalement rap, et même plutôt du genre sombre. Et c’est ce qu’on attend. Mieux encore, on découvre plus de l’artiste et de la personnalité de l’homme. Car si l’on pourrait retenir du MC uniquement ses punchlines sexuelles, violentes ou celles où il démontre simplement qu’il est au-dessus « Ils font bonhommes de neige, j’ai fait bonhomme de chemin » sur Mosaïque Solitaire par exemple, il va évidemment plus loin que ça. Preuve en est dans son titre Nwaar is the new black

J’parle tout seul parce que personne sait répondre.


Deux éléments viennent d’emblée démonter la théorie de la punchline pour la punchline, sans réel sens. Sa toute nouvelle paternité, avec Peur D’Être Père, les nouveaux doutes qui arrivent en même temps qu’un nouveau né, mais aussi le recul qu’il lui permet d’avoir. Ensuite sa ville natale, Kinshasa, louée dans Kin La Belle, un morceau qui par ses sonorités et son inspiration explicitement congolaise, exprime en lui-même l’ouverture musicale évoquée plus haut. Le rappeur y rappelle son amour pour le pays qui l’a vu naître, évoque sobrement qu’il investit en Afrique dans le médical, et envoie des petites piques : « L’Occident menottait tes dirigeants, j’trouvais Patrice plus intelligent ».

Mais s’il ne fallait retenir qu’un thème dans lequel Damso excelle, c’est celui des femmes. La façon dont le belge traite le beau sexe au cours de son album – et même au cours de sa carrière jusqu’à présent – notamment par le prisme des relations homme-femme, décrites ou commentées de manière crue, réaliste et honnête comme on en voit rarement. A l’image du titre Macarena, témoignage d’une situation pas si inhabituelle que ça dans laquelle le rappeur se trouve être l’amant d’une femme plus âgée et en couple, et dont le texte frappe par son ancrage dans la vraie vie et son décryptage des mécanismes de pensées qui créent au jour le jour des cercles vicieux dans une relation :
« Donc j’me dis que si t’es avec lui tu t’sentiras mieux
Mais si tu t’sens mieux, tu t’souviendras plus de moi »

On ne voudrait pas gâcher votre plaisir de découvrir alors on ne vous racontera pas tout, mais Damso a réussi encore une fois à être très fort sur des instrus de qualité, modernes et toujours mixé avec précision par le génial De La Fuentes aka Krisy, épaulé pour l’occasion de l’ingé-son de PNL – une équipe qui gagne.
Voici donc devant vous les quatorze titres d’Ipséité, classés comme l’a voulu son créateur par ordre alphabétique grec, dans lesquels s’entremêlent phrases choc, réflexions, questionnements, remises en question, humour et inceste. L’album d’un jeune homme qui commence à trouver son identité propre.