Arthur Simony / On Apprécie


Le monde du street art est aujourd’hui à l’image du rap : un art qui se réalise sous des formes multiples et dont les acteurs sont particulièrement hétéroclites.  Alors qu’une vive animosité a toujours opposé les graffeurs et les taggueurs aux colleurs d’affiches depuis l’origine du mouvement hip hop, l’eau a coulé sous les ponts et l’entrée de cette forme d’expression vandale dans les musées d’art moderne comme dans les boutiques de déco l’a fait apprécier au plus grand nombre et a donné de la place à des artistes loin du cliché (réel) du mec qui traîne la nuit pour écrire son nom partout, même si cette image reste la figure emblématique et respectée, comme peut l’être la légende parisienne O’Clock.

Arthur Simony a trouvé très jeune les obsessions d’artiste qui emplissent ses œuvres, et s’il n’a jamais eu peur de s’exprimer de la façon la plus libérale qui soit : dans la rue, sur la propriété d’autrui et sans considération monétaire aucune, sa notion du partage et la volubilité de ce qu’il souhaite exprimer l’ont amené à travailler aussi de façon plus traditionnelle, dans son atelier.

arthur simony jeanne derrière les barreaux

Il serait injuste de décrire l’œuvre d’Arthur Simony sans commencer par celle qui le suit partout depuis ses années lycée : Jeanne. Pas la Jeanne que certains appellent à l’aide ni celle dont l’auberge est ouverte aux gens sans feu ni lieu mais la sienne, qu’il fait exister dans nombre de ses œuvres, et qu’il a prénommé après Jeanne Hébuterne, muse d’Amedeo Modigliani, décédée à 21 ans. Jeanne se ressemble toujours sans n’être jamais la même. Arthur la fait évoluer au fil de ses coups de poignet, qui marquent petit à petit la vie de son personnage. On peut la retrouver trônant seule en portrait sur un tableau, comme représentée des centaines, voire des milliers de fois en dessin, où encore dans la rue, peintes sur des meubles à l’abandon que l’artiste dispose ensuite dans la ville, laissant aux chalands l’occasion de l’adopter. Chose peut commune : Jeanne vit aussi sur des sweat shirts, non pas en étant imprimée en série de façon identique mais en étant dessinée à la bombe aérosol directement sur la personne qui le souhaite, une façon de créer un contact humain avec des gens sensibles à son travail et d’assouvir l’amour qu’il porte à son prochain, en le serrant dans ses bras.

arthur simony jeanne commissariat

Car Arthur Simony est atypique en ce sens qu’il est fondamentalement bienveillant à l’égard des autres. Si l’on ne doute pas que cette énergie lui soit innée, le deuxième pan de son œuvre a certainement contribué à lui permettre de ne pas changer au moment où d’autres se coupent les cheveux et enfilent un costume.

Toujours en utilisant un principe de répétition, Arthur Simony effectue ce qu’il appelle une « médiation active » sur lui-même en écrivant des mots qui font du bien : « pardon » ou « je t’aime », par exemple. Souvent couchés sur papier dans des formes géométriques, il n’hésite pas à utiliser d’autres matériaux et à s’appliquer d’autres règles, qui donnent comme résultat – parmi d’autres – ses totems : des parallélépipèdes rectangle en bois sur lesquels chaque face reprend une des quatre expressions de ho’oponopono, une technique hawaïenne spirituelle de réconciliation et de pardon.

Si certaines des œuvres ont un prix, Simony met la communion et le partage sur un pied d’estale, et pas seulement dans les mots. C’est ainsi qu’il a organisé ses chasses au trésor : des vidéos dans lesquelles on le voit créer, emballer puis cacher une œuvre dans Paris, donnant assez d’indication pour qu’un malin puisse repartir chez lui, la création à la poche. C’est aussi comme ça qu’il a invité des écoliers à écrire leur rêve sur un papier placé dans le pot d’une jeune pousse et à la garder chez eux pour observer leur rêve grandir. À une époque cynique, blasante (si, ça se dit) et dans laquelle on ne s’étonne plus de rien, la légèreté et l’optimisme d’Arthur Simony font de son personnage et de son œuvre une bouffée d’oxygène.

arthur simony le grand pardon

Retrouvez ses vidéos sur son compte Youtube