Chronique : On a écouté le nouvel album de PNL – Dans La Légende / On Écoute


Il aura fallu six années de longévité depuis leur participation au maxi Bad Boys de Marseille pour que les sudistes de la Fonky Family se disent dans la légende. Autre temps, autre médias et autre rap : les frères de PNL auront attendu moins de deux ans pour se placer sur ce piédestal. Etonnement, personne ne peut s’opposer à cette déclaration pour une raison des plus simples : ils ont raison. Que Tarik et Nabil soient installés durablement dans le paysage musical français, il est dur de l’affirmer sans émettre de réserve. Néanmoins, il est indéniable que le duo laissera une empreinte pendant des décennies, malgré la multiplication des nouveaux rappeurs – merci Youtube – dans ce style si vivant qu’est le rap français.

« A 25 balais, j’pensais être millionnaire »

La question n’est alors plus de savoir si PNL va marquer : on n’en doute pas, les chansons qu’on leur connaît vont pour nombre d’entre elles passer les âges. On est toutefois en droit de se demander si un groupe arrivé du jour au lendemain – aussi génial soit-il – qui a grimpé les échelons à une vitesse fulgurante, recevant les honneurs de part et d’autres, qui fait voir flou les compteurs de vues Youtube, qui étonne toujours plus par sa couverture médiatique plus douce qu’un duvet en plume, est-ce que ce groupe est capable de pousser l’exploit ? D’aller encore plus haut ? De continuer à nous surprendre ? Et l’Homme, tout de bassesses vêtu, s’impatiente de voir la chute. Ademo sait comment ça se passe : « tu montes, on te suce, tu te crash on t’dit nique ta maman » dans Humain, l’un des titres phares.

Et puis que vont-ils chercher à faire ? Ils peuvent être plus dansant, plus crus, ou pourquoi pas, essayer de refaire Le Monde Chico, l’album qui les a mis dans la légende, puisque finalement il n’a qu’un an et les gens l’écoutent toujours. Comme souvent, la réponse se trouve à la croisée de ces chemins et PNL, en restant extrêmement fidèles à eux-mêmes, ont réussi à nous servir un produit proche de ce que l’on a l’habitude de pécho par chez-eux, tout en poussant plus loin leur recherche de musicalité de la langue française.

Les instrumentaux de DLL suivent une recette qu’on connaît bien : des nappes de synthétiseurs électroniques sur des beats modernes s’apparentant à ceux de la trap, et une bonne dose de delays et de reverb. Deux titres font toutefois exception à la règle : Luz De Luna, une presque balade sur un air de guitare castillane dans laquelle Ademo s’adonne à une introspection en s’auto-apostrophant : « T’as beaucoup de haine tu sais ? – Sans ça j’serais mort […] T’es trop fier… – J’ai qu’ça sa mère ». Le second, Bené, sent encore plus le vent chaud et surfe sur la vague des productions aux caisses claires excitées : ce bon vieux reggaeton.
Les frères rappent toujours sans thème, mais ils se dévoilent un peu plus tout au long de l’album. Bien qu’ils reconnaissent une certaine amélioration de leur situation de tous les jours : « Million de vue en 24h, le frigo n’a plus peur » (J’Suis QLF) ou « On dessert la ceinture, la banquière prend mon tour de taille » (Naha) jusqu’à trahir l’une, si ce n’est la première chanson qui a fait parler d’eux, Je vis, je visser par des phases telles que « J’fais plus de taga, QLF se fait le rap fr » ou pire, une réelle déclaration de ne plus faire partie des réseaux préférés d’Enquête Exclusive :  « J’m’écarte du bâtiment, j’ai oublié le taro du kil’ ». On dirait que le deal c’est terminé et on ne peut qu’être content pour eux, il paraît même que ça aide à mieux dormir le matin. Une vie qui semble plus radieuse et la fin du commerce de drogue, PNL se permet même un certain degré de bourgeoisie à l’énonce des territoires qu’ils veulent découvrir, dans Bambina : « J’fais le tour du monde, même en tacos / Faut qu’j’vois l’Japon, faut qu’j’vois la Chine, faut qu’j’voie l’Mexique / Faut qu’j’vois l’Afrique, faut qu’j’vois ma jungle, qu’Mowgli s’exprime ». Un tour du monde déjà bien entamé à en voir les lieux de tournages de leurs clips, finalement la vie c’est pas si mal, ou plutôt « la vie est bonne, bonne à niquer » (Onizuka). Une vie en amélioration donc, mais les Peace N’Lovés ne sont pas entrés dans les ordres pour autant. A défaut de répondre à celles des journalistes, Tarik se les posent tout seul, en rappant : « Et donc là ? – Et donc rien, ça me rend pas plus heureux. Et l’amour ? – J’en ai pas et je ferai bien plus d’euros », preuve qu’on reste proche de l’époque « Les sentiments, ça ralentit / Le cœur fermé, là j’suis à fond » de Différents, sur le premier album du duo. Sur Bambina, on entend même « J’peux pas la ken, elle est trop love / Peace N’Lovés pas peace & love », démontrant d’un certain respect pour les sentiments mais preuve tout de même d’une ablation des leurs. N.O.S a même une explication : « J’voulais leur donner de l’amour mais ils préfèrent qu’on leur baise leurs mères » (Humain).

« La manière dont tu comptes en dit long sur c’que t’as brassé
La manière dont tu pompes en dit long sur c’que t’as sucé »

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Le disque d’or à la cité, avant de le mettre au mur de la maison des jeunes du quartier


Prendre plus de vingt mille euros pour une date en festival n’a pas réchauffé les cœurs de ice. La famille au sens élargi (QLF) est toujours bien représentée dans les textes, au même titre que la mère défunte, confidente : « J’fais des cauchemars, ouais Mama, les anges sont loin de mon sommeil » (Humain), et le père bandit : « J’ai l’inspi’ des canines à Papa ». Les cachets et l’argent perçu grâce à Youtube n’ont pas non plus changé leur vision du rap. Dans Mowgli, l’aîné disait déjà « le rap ça me plait pas, je le fais parce qu’y’a peut être un billet », même son de cloche aujourd’hui : « Les chicos rayent le sol, j’connais pas ré-mi-sol, la ‘sique j’men bats les couilles » et par contre, on commence à avoir du mal à y croire tant la foule de leurs concerts chante à l’unisson.

Finalement la plus grande évolution dans la musique de PNL et leur approche de la langue. Notre riche langue nationale est en effet assez compliquée à rendre musicale, au contraire de l’anglais, ce qui rend d’autant plus remarquable le fait de savoir rimer et de trouver un bon rythme en harmonie avec l’instrumentale. L’utilisation massive d’onomatopées autonomes ou en adlibs, en complément de mots pour créer de fausses assonances bienvenues est l’une des marques de fabrique du groupe, il va sans dire qu’ils ont poussé l’exploration plus loin et si parfois cela peut tomber à l’eau, la plupart du temps la combinaison est redoutable.

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A l’écoute des singles on a eu peur que le style s’essouffle mais on avait oublié que PNL plus on écoute, plus on aime, et ça fonctionne dans les deux sens. Si le choc est moindre qu’à l’écoute de QLF ou du Monde Chico, c’est parce que ça y est, PNL est installé dans le paysage musical français. Et à ceux qui ne trouvent pas cinq titres qui leur plaisent dans l’album nous n’avons qu’un conseil : réécoutez-le.