The Marshall Mathers LP / Bonus & Caviar


Le 23 mai de l’an 2000, Eminem présentait au monde l’album qui restera gravé comme sa pièce majeure – bien que le débat fasse toujours rage, le Marshall Mathers LP.
A l’époque, on prenait le temps d’écouter un album de 19 titres (dont bien sûr les habituels skits), surtout parce qu’un album était construit comme une œuvre complète et non comme une succession de potentiels tubes et de fonds de tiroirs pour avoir un projet qui dure plus de 20mn. Un an après son premier gros effort, le Slim Shady LP et ses My Name Is, Rock Bottom ou Still Don’t Give A Fuck, la star internationale remet le couvert et dépasse ses limites en poussant à leur paroxysme ses sujets de prédilection : ses dépendances, sa rancœur envers sa génitrice, sa haine passionnelle pour la mère de sa fille, mais aussi son humour noir, gore, choquant et ses références à la pop culture et aux Etats-Unis de la fin du XXe siècle, et la toute nouvelle notoriété à laquelle il devait faire face. En bref la recette qui lui a permis de prendre une revanche sur la vie et d’atteindre des sommets qu’il n’aurait osé imaginer pendant ses shifts aux usines General Motors.

Voici donc 6 ou 7 sons majeurs qui ont profondément marqué jeunes et moins jeunes et qui ont contribué à faire de Marshall Mathers l’icône qu’il est aujourd’hui.
Pour les plus téméraires, sachez aussi qu’Em a mis en vente les briques de la maison de son enfance (celle que l’on voit sur la pochette) pour la modique somme de 313$ l’unité, à ranger en vitrine à côté des découpes de pelouse du Stade de France vendu après la coupe du monde 1998.


Bitch Please II (ft. Dr Dre, Nate Dogg, Snoop Dogg & Xzbit)
« What up Detroit ? » demande impertinemment Dr Dre au début du morceau, pour marquer l’impact d’Eminem sur sa ville qui l’a tant mis de côté. Un beau revers de médaille à quatre couplets d’anthologie et un refrain dont seul Nate Dogg avait le secret.


The Real Slim Shady
Dre et Iovine l’avaient bien compris, les tubes radio et télé (hé oui, nous étions encore dans l’ère pré-Youtube) sont un tremplin qu’il vaut mieux emprunter pour lancer une carrière en grandes pompes. L’album précédent avait My Name Is, et le Marshall Mathers LP a The Real Slim Shady. Un clip coloré pour une chanson pleine de référence, de Britney Spears à Fred Durst (de Limp Bizkit, son souffre douleur adoré) en passant par MTV. Et parce qu’Aftermath voyait les choses en grand, ils ont même réuni plusieurs dizaines de clones du rappeur pour sa performance au MTV Awards afin de marquer toujours plus les esprits.


The Way I Am
Avant l’enregistrement de The Real Slim Shady, ses managers et producteurs poussaient Em à écrire un single, une sorte de suite à My Name Is. Le rappeur n’a jamais été bon pour faire ce qu’on lui commande, et c’est The Way I Am qui en est sorti. Un morceau brut dans lequel bave sur ses détracteurs, ses fans qui en demandent trop lorsqu’ils le croisent dans la rue alors qu’il est avec sa fille ou le traitement auquel il est sujet lorsqu’il est invité dans les médias blancs.


Stan
Ceux qui ont raté la diffusion du clip de Stan sous titré sur une chaîne musicale française ont raté un énorme choc musical. Pendant les trois premiers couplets, Marshall se met à la place de Stan, un fan d’Eminem instable, chez qui tout tourne autour de son idole. Em’ en profite pour expliquer certaines de ses dérives dans ses textes, avant un final plus que poignant.
Stan sera aussi le point de départ de la carrière de Dido, lancée grâce au sample utilisé dans le morceau.


Kim
Kim est la mère d’Hailie, fille d’Eminem. Son amour de jeunesse, puis sa femme, puis son ex-femme, puis sa femme a nouveau, puis plus rien, ou du moins d’après ce que l’on en sait. Si l’on n’envie absolument pas la relation destructrice qui les a liés, il va sans dire que Kim est certainement avec la mère du rappeur sa plus grosse inspiration. Sans doute parce qu’elle est la seule personne en qui Eminem avait confiance pendant de longues années de galères, ses trahisons ont été vécues comme des coups de surins que le MC a rendu en chansons.
Dans ce titre magistral, on entend le MC mettre sa fille au lit dans sa chambre, avant de mettre les choses au clair avec sa femme. C’est peut-être la chanson qui met le mieux en exergue la subtile frontière entre amour et haine, entre admiration et dégoût. Em’ engueule sa femme, lui demande des comptes, puis l’emmène dans les bois pour en finir, tout jusqu’au-boutiste qu’il est.


Kill You
Première chanson de l’album après le Public Service Announcement, le rappeur entre directement dans le vif du sujet pour les premiers mots de son album : « When I was just a little baby boy my momma used to tell me these crazy things » [quand je n’étais qu’un bébé ma maman me disait ces choses dingues], avant de régler ses comptes avec sa mère et la façon qu’elle a eu de l’élever, des mensonges à la prise de médocs dangereux. Le refrain étant basé sur une expression très simple « Bitch I’m gonna kill you » [Salope je vais te tuer], Em s’est attiré la foudre des associations de parents d’élèves et de mères.


Pour aller plus loin, écoutez l’album complet sur Youtube, Deezer ou Spotify.