Guide d’Introduction à Jul / On Apprécie

Entre sa dégaine de marseillais mi banal mi caillera, sa musique qui paraît infantile aux premiers abords et sa crête digne du Milan AC, avouez écouter Jul brise les amitiés et les réputations. Mais le juger si facilement vous fera passer à côté d’un phénomène de notre époque, et à côté de gros sons. Voici donc quelques arguments pour que les rageux ajoutent Jul à leurs playlists.

La chanson est un art mineur disait Gainsbourg, car elle ne nécessite pas d’initiation. En effet Jul n’en a pas et n’en a pas besoin. Le jeune marseillais compose lui même la plupart de ses instrumentaux, écrit ses propres textes et les interprète. On sent la même patte sur chacune de ses productions qu’il décide de faire un son pour ambiancer, un son hardcore ou une chanson pour les filles et c’est tout à son honneur. Plutôt simpliste, force est de constater que sa musique est redoutablement efficace une fois qu’on a passé la barrière du « c’est pour les gamins ». On peut dire sans hésiter que Jul est l’enfant du rap français et du top 50 des 20 dernières années. Sans gène aucune, il s’inspire de ceux qu’il a écouté : Le Rat Luciano, Booba et Rohff, mais aussi Lady, Gala, Alain Delon & Dalida ou encore Aqua dont il n’hésite pas à parfois pomper allègrement les mélodies pour notre plus grand bonheur.

Jul c’est avant tout un bon gars, et si on ne le comprend pas en musique, son Facebook en est une preuve irréfutable. D’abord parce qu’il n’hésite pas à dédicacer ceux qu’il aime bien sur les réseaux sociaux (la liste est longue, de Renaud à Samy Naceri) ou ceux qui font son signe en public (généralement des footeux après un but). Ensuite ses statuts, toujours écrits d’un français à en faire perdre son latin à Bernard Pivot, sont autant de témoignages d’amour à ceux qui font son succès : la #TeamJul, mais il ne s’arrête pas là. Conscient de sa chance, il n’est pas avare de remerciements : « Merci la France merci l’Europe merci le monde ».

C’est un bon gars, mais il en a gros sur la patate et ses textes le prouvent : la plupart narrent un quotidien triste fait de trahison entre amis, de décès, de solitude, de gens qui ont changé alors que lui non, de michtonnerie ou de famille monoparentale. C’est sa recette : des textes tristes sur des chansons qui bougent. Comme tout rappeur qui se respecte, Jul est aussi un observateur aiguisé de son environnement et ses textes sont marqués par deux déterminants. Le premier, c’est Marseille. Contrairement à d’autres, Jul a choisi de pleinement assumer son identité phocéenne, utilisant des mots et expressions bien de chez lui (« je suis en buvette » pour dire qu’on est bourré, par exemple), et soutenant son club de foot même si ce n’est pas la meilleure période pour. Le second, plus commun, c’est le quartier. Pas comme dans embrouille de quartier dont il est aussi question dans sa musique mais plutôt dans toutes les petites références qui marquent notre époque comme l’oasis tropical, les asics, le T-Max en I (ou en Y).

En activité depuis 2013 même s’il travaillait sa musique chez lui depuis longtemps, Jul a sorti deux mixtapes et cinq albums – 128 chansons – qui lui ont valu un disque d’or (50k ventes) et quatre disques de platine (100k ventes chacun). Sans compter la myriade de sons offerts ponctuellement sur internet pour nous aider à patienter. Quantité n’est pas synonyme de qualité comme les réfractaires doivent le penser et ils ont raison. Mais cette productivité accrue montre une chose : Julien Marie ne se fout pas de la gueule du monde ; il passe son temps en studio, offre énormément de musique et va jusqu’à excuser avec plaisir par commentaire Facebook un des ses auditeurs qui lui avoue avoir piraté un album.
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La plupart des rappeurs aujourd’hui têtes d’affiches créent un personnage et jouent un rôle plus ou moins proche de la réalité qu’ils connaissent/ont connu. Exact opposé, Jul décrit sa vie et celle de nombreux autres en toute simplicité et toute sincérité. Il est comme tout le monde et le revendique, souvent seul, triste, nostalgique et ne s’en cache pas. Il répond sur les réseaux sociaux par des messages gentils, sincères et directs.

Jul n’est pas dans l’anticipation ou le calcul : il est dans l’action. Il ne sait pas faire de musique ? Aucun problème il a un ordinateur et compose avec sa souris. Il n’a aucun souvenir d’une quelconque règle de grammaire, d’orthographe ou de syntaxe ? Il va vendre des centaines de milliers d’albums à l’aide de textes certainement écrits sur son iPhone. Jul est maître de la simplicité. Il n’est pas le meilleur rappeur, pas le meilleur producteur, pas le plus gros vendeur, mais il est le plus bosseur.

Ses pochettes d’albums sont d’un goût douteux, son style vestimentaire est douteux, il avoue avoir une fausse rolex et rappe qu’il hésite entre une loc’ et un leasing. Il va jusqu’à faire des dédicaces à la boite de location de voitures en interview. Son discours est simple dans le sens où il ne passe pas par quatre chemins, il nous dit ce qu’il ressent avec des mots du quotidien et sans réserve, presque dénué de pudeur.

Je pourrais m’amuser à trouver les plus beaux adjectifs pour continuer à vous expliquer mais ce ne serait pas rendre justice à la musique, surtout celle de Jul qui n’est pas cérébrale mais qui se vit. Et franchement, ça faisait longtemps qu’on n’avait pas eu d’aussi bons sons pour rider entre potes.

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